Elaboration du test Amine(a)

Construction d’un outil d’évaluation du traumatisme chez les enfants de 6 à 12 ans.

Equipe de recherche : Bouatta Chérifa, Cherabta Hassiba, Tadjine salima, Sadouni Messaouda, Khaled Noureddine, Oussad Aziza, Chayabdraa Sihem

Introduction 

L’objectif de cette recherche qui a démarré en 2009 consiste en la réalisation d’un instrument pour évaluer les problèmes de santé mentale chez les enfants des deux sexes de 6 à 12 ans.

Partant du test canadien Dominique, nous nous sommes attelés à tenter de construire un outil d’investigation équivalent qui serait mieux adapté à la culture algérienne et aux problématiques spécifiques de l’enfant algérien.

Le personnage principal du test que nous proposerons s’appelle Amine(a) et il est placé dans différentes situations de la vie quotidienne à la maison, à l’école, et avec d’autres enfants, l’enfant testé doit dire si oui ou non il est comme Amine(a). Dans le cas du Dominique ces situations concernent seulement les difficultés comportementales ou affectives que l’enfant peut avoir, alors que dans notre instrument Amine(a), l’enfant va être placé dans des situations diverses conformes aux situations que vit l’enfant algérien. Il doit dire s’il lui est arrivé ce qui est arrivé à Amine(a) ou quelque chose de semblable. Parmi ces situations spécifiques, nous avons pensé en premier lieu aux événements de violence qui ont été et qui restent parfois très fréquentes dans notre pays. Ces situations de violence, parfois extrême, peuvent être considérées comme des situations traumatiques qui pourraient perturber le fonctionnement psychique normal de l’enfant. Elles pourraient donner lieu à des troubles psychiques tels que le syndrome du stress post traumatique (PTSD), les troubles anxieux tels que les phobies ou alors les troubles dépressifs.

Méthodologie

Dans la première étape de construction du test, il fallait faire le point sur l’état des lieux concernant les techniques utilisées pour le diagnostic des troubles psychologiques chez les enfants, nous sommes passés au choix d’un outil constitué d’une série de planches présentant l’enfant dans différentes situations « traumatiques ». L’idée étant qu’il est difficile, voire impossible d’élaborer du premier coup un outil pouvant appréhender tous les troubles psychologiques chez l’enfant, nous avons opté pour le diagnostic du traumatisme psychique chez l’enfant.

L’outil retenu est constitué d’une série de planches. Les situations présentées dans les planches montrent un enfant face à un événement potentiellement traumatique. Ces situations n’ont pas été choisies d’une façon arbitraire : elles reflètent ce que les spécialistes de l’enfance considèrent comme étant des situations susceptibles d’induire des troubles psychiques chez l’enfant.

Les planches se subdivisent en deux catégories :

1) celles relatives aux situations potentiellement traumatiques et où l’enfant est lui-même victime d’accidents, d’enlèvement, de maltraitance…ou témoin de situation potentiellement traumatique : témoin de violences familiales, témoin d’agression…

2) celles relatives aux symptômes que l’enfant peut développer : hyperactivité, cauchemars, énurésie…

Nous avons procédé en premier lieu à l’opérationnalisation des événements de vies violents, en deuxième lieu à l’opérationnalisation des symptômes et troubles liés à ces événements. S’inspirant du CIDI (Composite International Diagnostics Interview) ; les scènes vont représenter Amine(a) dans ou face aux situations suivantes :

  • Maltraitance verbale et psychique : des scènes de menaces, de rejet, d’insultes, d’abandon.
  • Maltraitance physique. Elle est représentée par des scènes d’agression, d’abus d’autorité, de châtiments corporels tels que : être giflé, être brûlé, être frappé, etc.
  • La séparation est représentée par le décès, la maladie, l’absence d’un parent, le déménagement. L’enfant peut se perdre ou avoir été kidnappé.
  • Le sujet peut avoir été victime lui-même d’une agression.
  • Avoir été témoin de violences familiales
  • Avoir été témoin d’une agression sur quelqu’un d’autre dans la rue.
  • Avoir été témoin d’un accident : brûlure, chute dangereuse, maladie grave, accident de la circulation, etc.
  • Avoir été victime d’un accident : brûlure, chute dangereuse, maladie grave, accident de la circulation, etc.
  • Avoir été victime d’attouchements sexuels ou de viol.

Il faut souligner aussi que les situations présentant les symptômes ont été retenues en fonction des symptômes décrits par le DSMIV comme étant des troubles définissant le PTSD chez l’enfant.

Elaboration des planches 

Les planches ont été élaborées en collaboration avec une dessinatrice. Elles ont été sujet de discussion au niveau de l’équipe de cette recherche. Il n’était pas évident que nous les gardions telles qu’elles se présentent. Il s’agit de retravailler les personnages et les situations avec la dessinatrice avant de passer à la phase de la passation.

Et Il fallait s’entendre sur le personnage central, c’est-à-dire Amine(a), quelle allure lui donner ? Faut-il qu’il ne soit pas trop marqué sur le plan de la sexuation pour permettre l’identification des garçons et des filles ? Que faut-il faire pour introduire la touche algérienne ? Faut-il représenter tous les évènements considérés dans la littérature comme potentiellement traumatiques et multiplier ainsi le nombre de planches ou faut-il réduire leur nombre et selon quels arguments ? Toutes ces questions et d’autres ont été débattues au sein de l’équipe et nous étions tenus d’y répondre pour passer à la phase d’expérimentation du test auprès des enfants.

Elaboration des consignes 

Au départ nous pensions que deux consignes –l’une concernant les évènements et l’autre concernant les symptômes- suffiraient. Or, la discussion en groupe et la référence à la clinique nous ont orientés vers un autre choix : à savoir prévoir une consigne pour chaque planche. Ce choix nous semble pertinent pour les raisons que nous venons d’avancer mais aussi parce que les consignes telles que formulées elles peuvent être comprises par les enfants et de recueillir à travers les questions accompagnant ces consignes d’obtenir des informations concernant les cognitions, les affects et les stratégies qu’utilisent l’enfant devant des situations de violence le concernant ou concernant autrui.

Évolution du projet de test Amine(a) 

Après les différentes tentatives faites pour définir les planches appropriées et les essais de la dessinatrice auquel nous avons fait appel, nous avons retenu 32 planches et les consignes qui leur correspondent.

Pour que ce test soit validé et utilisable par le clinicien, des passations (88) ont déjà été effectuées dans plusieurs wilayas d’Algérie et des observations ont été émises par les examinateurs concernant les planches et les consignes. 

Pendant l’année 2013, 2014, 2015 et 2016, le projet de test AMINE a connu de nouvelles étapes après la création du masque de données sur le logiciel SPSS et la formation des bénévoles sur la saisie des données :

-Saisie de tous les protocoles récoltés par les bénévoles et les chercheurs de la SARP. 

-Analyse qualitative de données récoltées.

-Choix des planches à garder, celles à corriger ou à ajouter et celles à enlever. (Les planches ajoutées ou corrigées ont été faites par un dessinateur).

-Revoir les consignes qui n’ont pas été comprises comme celles qui réfèrent aux affects ou à l’imaginaire. Il s’agit ainsi de revoir la formulation des consignes ou en proposant d’autres qu’il faudra aussi tester car la question qui se pose est : est-ce que ce sont seulement quelques enfants qui n’ont pas compris ou est-ce les consignes comme formulées ne peuvent pas être comprises par les enfants appartenant à la tranche d’âge ciblée.

-Production du manuel d’utilisation et de correction en s’inspirant du DSM5.

Les membres de l’équipe ont mis en place une grille d’observation que les psychologues vont l’utiliser pendant la passation, elle sera un outil qui guidera leur travail et étayera leurs propres remarques et observations.

Une vingtaine de boites qui contiennent les planches plastifiés au nombre de 32 ont été confectionnées, ces boites contiennent aussi des exemplaires de la grille d’observation et du manuel de correction.

Le travail qui reste à faire consiste à :

– Refaire la passation des planches retravaillées sur des enfants écoliers (la 1ère passation a été effectuée sur 88 enfants de différentes wilayas du pays).

– Saisie de tous les protocoles récoltés sur le masque SPSS déjà établi. 

– Analyse qualitative de données récoltées.

– Comparaison des résultats pré et post test.

 – Reproduire les planches définitives.

– Mettre le test à la disposition des psychologues et nous demanderons dès lors la reconnaissance du test comme un outil d’investigation psychologique auprès de l’autorité compétente.

Quelques psychologues d’Alger et des autres wilayas ont été repérés, afin de les former prochainement aux méthodes de passation, d’observation et de correction. Ces psychologues vont appliquer ce test dans sa phase finale.

Dans ce 1er semestre de 2017, l’effort était consacré à trouver un statisticien qui active dans le domaine des sciences sociale, afin qu’il valide sur le plan méthodologique les étapes réalisées jusqu’à maintenant, c’est cette démarche qui nous empêche de passer à l’étape de la formation des psys repérés et celle concernant la passation post test.

Le test définitif sera mis à la disposition des psychologues vers la fin 2018 et nous demanderons dès lors la reconnaissance du test comme un outil d’investigation psychologique auprès de l’autorité compétente.

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